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De manière précoce j'ai observé le monde, manquant de maturité je n'ais pas toujours saisi les nuances de l'époque traversée. Mes réminiscences, toujours en nombre limité ne m'ont  pas permis de reconstituer le puzzle sociologique dans lequel s'est déroulé le "NÖVO".Il faut dire que ce n'était que le début de mon intérêt pour les choses musicales. Mais intérieurement sans pouvoir l'expliquer, j'ai toujours eu l'intuition que les formations d'alors ont constituées le point de départ de toutes les parties sonores d'après. Avec le recul nécessaire, on se rend compte qu'ils ont été les précurseurs de tout les autres mouvements qui ont déferler aux frontières de nos tympans les années suivantes. Manque de considération pour cette origine, alors que les décennies précédentes ont toujours eu droit à leurs hommages appuyés y compris sur ce blog.  Rares sont les acteurs de cette vague qui ont tiré leur épingle du jeu, on loue rarement cette période créatrice, les focus sont rares, les documents disséminés, bref voilà un patrimoine de sable. Remercions "L'éditeur singulier" d'avoir fait remonter à la surface un livre : "Les chérubins électriques". Paru initialement en 1983 chez Robert Laffont, celui-ci avait reçu de belles critiques mais sans les ventes qui vont avec. En 2013, il offre une plongée vertigineuse dans le monde d'alors, plus précisément l'état d'esprit qui habite ces jeunes gens modernes. A l'inverse de la période actuelle ou les winners sont légions prêts a nous livrer leurs secrets permettant la conquête des sommets. J'ai été foudroyé par l'écriture relatant les aventures  de ce chérubin électrique; Philippe, dix neuf ans, il boit se défonce et monte un groupe de rock, écume les nuits perdu au milieu de ses contemporains. Il appartient à cette génération (anti-hippie, nihiliste électrique et synthétique). Snobisme flamboyant, romantisme glacial, l'auteur a trouvé l'inspiration en consumant sa propre vie à l'image du personnage principal. Il renforce l'idée que définitivement l'oeuvre romanesque a besoin de ses perdants magnifiques pour se sublimer.

" Nous étions à la fois les orgiaques corrompus et les barbares. S'amuser avant que tout saute. Et si ça ne saute pas, on avisera. de disque en disque, de toast en toast, de verre en verre, les heures défilaient. Et j'avais toujours faim et j'avais toujours soif..."

" Je décidais de laisser tomber le ROXY et l'habituelle clique mondaine pour aller noyer d'hypotétiques chagrins au ROSE BONBON. Toutes les filles seraient belles et tous les alcools du monde ne suffiraient pas à combler nos désirs d'ivresse...Ce soir, ce soir...serait malheureusement sans doute pareil à tous les autres..."

" Superficiel en profondeur, je ne prenais pas la peine d'être profond en surface. J'étais méchant ? Je me croyais corrosif. J'étais imprudent ? Je me croyais dangereux. Créatures simiesque de la nuit moite et du fast-food.Dans le miroir je cherchai le Maxiton et je trouvais le Valium. "

Car le pseudo d'auteur Gillaume Serp cache celui du chanteur, leader du groupe Modern Guy (diamétralement opposé au Modern Talking pour toujours) Guillaume Israël. Leur seul album s'appelait "Une nouvelle vie" et fut produit par John Cale, sorti en 1981 chez Celluloid, sans rencontrer de succès public.

Modern Guy" Chaque fois que je prenais de la poudre, un autre moi-même se détachait et me susurrait "Encore ? Mais il me semblait t'avoir entendu dire que tu arrêtais... C'est bien agréable, hein ?" - Et nous riions tous les deux. "

Après avoir participé à une (seule) aventure musicale et une (seule) publication littéraire (un autre roman reste à ce jour inédit). Guillaume Israël se livre à sa dernière expérience terrestre en absorbant un dernier cocktail de médicaments et d'alcools. C'était un 30 décembre 1987, ses mots méritent une attention particulière. Un contre poids à l'hédonisme conformiste qui s'installe durablement ou l'on peut confondre consommation et exaltation.

http://lediteursingulier.blogspot.fr/search?q=cherubin+électrique#!/2013/10/les-cherubins-electriques-1983-2013.html

 

Juin 1979

 

Stinky Toys

Juillet 1979

 

b 52 s

 

 http://www.telerama.fr/musique/frank-darcel-raconte-la-scene-rennaise-des-annees-80,105901.php