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En 1975 la maison Barclay demanda à Mœbius une illustration pour la pochette de la compilation en un double album des deux premiers disques du Jimi Hendrix Experience :

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Are you experienced  / Bold of axis. Pour l’aider dans sa tâche on fournit à Mœbius un lot de photographies du musicien. Celle qui retient l’attention du dessinateur a immortalisé Hendrix en train de manger. Ce cliché fut pris le 6 mars 1967 à Bruxelles, par Jean-Noël Coghe, alors jeune critique de rock. Pendant des années ce dernier ne sembla guère se soucier de ce qu’il était advenu de l’image qu’il avait saisie, avec un appareil qui n’était pas le sien… Puis un beau jour des années 90, sans doute fort bien conseillé, il se décide à menacer de procès le dessinateur. Mœbius dont l’inspiration, tout au long de sa carrière, puisa abondamment à la source de ce qu’on appelle parfois le huitème art , Mœbius donc, commença à transpirer à grosses gouttes. Finalement les deux hommes s’arrangèrent à l’amiable et firent un livre et un portfolio de toute cette histoire. Le livre s’appelle Jimi Hendrix, émotions électriques (EAN : 9782859203863), et fut publié par le Castor astral en 2000. Il fut précédé par le portfolio en 1998, édité par Stardom. Sous un emboîtage imprimé en orange sur le front, on trouve une page de colophon, une page de photos de Jimi Hendrix, une page de texte de Jean-Noël Coghe,  et 10 planches sérigraphiées en couleur. Édition numérotée 263 sur 500 exemplaires et signée par Moebius et par Coghe sur le colophon. 41×51 cm.

Bruxelles 1967

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En mars 1967, Jimi Hendrix est encore un inconnu lorsque Jean-Noël Coghe le suit en tournée pendant plusieurs jours. Anecdotes et documents évoquent sa fulgurante carrière. À partir de photos inédites, Moebius réalise une dizaine de planches qui projettent Jimi Hendrix dans l’imaginaire. Trente ans plus tard, cette tournée en Belgique d’un Jimi Hendrix à l’aube de sa grande carrière vient de donner ce livre, Émotions électriques (Castor astral), mélange de textes de souvenirs, de photos, illuminé par les superbes dessins de Moebius qui, à l’époque, a lui aussi ressenti l’onde de choc. " Quand Barclay, raconte-t-il dans son atelier magique, m’a demandé de dessiner pour la première fois Jimi Hendrix il y a plus de vingt ans pour une pochette, il venait de mourir et nous étions encore tout vibrants de ce qu’il avait apporté. J’ai eu à coeur de me mettre à un niveau d’inspiration comparable au sien, c’est-à-dire un délire et en même temps un très bon contrôle. Il met en place une structure musicale rigoureuse qu’est le blues avec des compositions très bien cadrées mais travaille dans un sens d’expressivité totale. Au niveau émotionnel, la force est à son apogée " Dans Émotions électriques, le dessinateur a extirpé de sa manche ses deux styles comme si Hendrix, finalement, synthétisait toute son ouvre : réaliste blues (côté Blueberry) et onirique délire (côté Moebius).

Canyon Hendrixien

« J’ai tracé le personnage de Hendrix à mi-chemin du fantastique onirique mais un fantastique qui ne fait pas appel au vocabulaire traditionnel du surréalisme comme l’entend un Dali. J’ai voulu renouveler le surréalisme comme Hendrix a renouvelé le langage musical. Pour le dessin, je me suis accroché à l’énergie du musicien. J’y vois là une sorte de manifeste. »

Combustion Hendrix


Sans retour en arrière ni se copier lui-même, il essaie d’éviter ce psychédélisme qui charge toujours le personnage hendrixien. Pour l’affaire Barclay, là où les autres dessinateurs engagés (Druillet, Solé…) sacrifient à une esthétique psyché, Moebius prend une autre voie. Il choisit une photo comme modèle et la recopie à sa manière, montrant un Jimi mangeant sa soupe au milieu des fumées hallucinogènes, d’un environnement étrange, " boschien, dit-il, sans vouloir me comparer à Jérôme Bosch, une vision du quotidien, des objets d’où sort un mystère non identifiable ". La drogue n’est pas loin, le génie y est représenté. Seulement, la photo a été prise par Jean-Noël Coghe quelques années plus tôt. Procès. Et querelles. Elles vont durer des années avant que les deux hommes, réconciliés, décident d’en faire un livre.

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" Tout cela était fort, ajoute l’artiste, d’autant que notre relation se greffait sur une histoire un peu cruelle, émotionnellement intense, la vie de Jean-Noël qui était en jeu. Pour lui, avoir rencontré Hendrix alors que personne ne le connaissait n’est pas quelque chose de simple.  Ce sont des souvenirs qu’on raconte à ses petits-enfants. Il m’a entraîné de force dans son histoire personnelle. et j’y suis allé ensuite sans retenue. "

Stéphane Amsler, L’Humanité, 24 février 2000.
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