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Le court métrage "Le Jeu de l’inconscient", de Chris Landreth est un vrai bijou. Son auteur au talent incontestable et incontesté, déjà repéré par d’un chef-d’œuvre absolu, Ryan (Oscarisé), le Canadien revenait, sur le devant de la scène, avec un film au scénario foldingue et à l’animation débridée. Il  est proposé au spectateur de suivre les angoisses de Charles, double animé du réalisateur, qui se révèle incapable de retrouver le nom du vieux copain, qui vient de l’accoster dans un bar, et laisse son esprit dériver à la recherche d’indices fournis, par son cerveau, sous une forme de jeu-questionnaire télévisé, aux participants aussi inattendus et allumés que William S. Burroughs, Salvador Dalí, Sammy Davis Jr. ou la propre mère de Charles Ayna Rand elle-même ! Animation débridée, également, car, fidèle à sa pratique des images composites (prises de vues réelles et images de synthèse mixées avec maestria), Chris Landreth pousse à son paroxysme ce concept de “vallée dérangeante‌‌”, malhonnêteté stylistique qu’il veut mettre à mal et qui consiste, dans nombre de  films d’animation en 3D, à générer des robots humanoïdes à apparence humaine, dont les imperfections sont autant de sources d’effroi inconscientes pour le spectateur. Ici, donc, les humanoïdes ont des physionomies reconnaissables et leurs imperfections viennent contredire la perfection de la vie numérique. Chris Landreth s’affirme, sans conteste, comme un génie créatif du XXIe siècle, et délaisse les abords rassurants du documentaire animé - genre dans lequel Ryan fut répertorié - pour s’aventurer dans les limbes infinis de ce qu’il nomme le “psychoréalisme”.