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Je passe des journées muettes à observer les gens. Un sifflement de lasso au-dessus de ma tête. J’attrape les muses, je les ligote, je leur mets deux do...igts dans la bouche et je leur fais cracher le morceau. Ca paraît cruel mais à laisser filer les journées sans agir il ne se passe rien. Le peu de bile noire récolté ne me suffit qu’à griffonner trois mots, pas davantage, à la hâte au dos d’une feuille volante. Je glisse le papier dans la fissure de mon crâne (j’ai une fissure dans le crâne) et je marche jusqu’à me perdre. Le soleil, la pluie et l’égarement finiront la chanson. Je n’ai pas assez d’imagination pour faire le boulot tout seul. Je tords tout ce que je peux tordre. Le quotidien est trop raide et sa pente est trop lisse. Les mots n’accrochent pas. Je passe des journées muettes à fuir les conversations. Au bout d’un temps indéfinissable je fais passer le tout par l’électricité de ma guitare. Je fais ça la nuit pour mieux voir les étincelles et pour que les voisins énervés marquent le tempo du bout de leurs balais. Bien que l’on devine les sons, les mots restent cachés. Je les chante un peu sous la douche où le public est rare. Vient l’heure du spectacle. Je suis prêt depuis longtemps. Ne plus réfléchir. Laisser la précieuse part d’imprévisible réveiller mes réflexes. Ce soir je suis trop occupé pour avoir le temps de mourir alors je n’ai pas peur. A une minute de monter sur scène je ne pense à rien d’autre qu’au plaisir intense de quitter ces journées muettes et d’ouvrir enfin ma gueule.