Isolé 2
 
 Mohamed Rouabhi

Salah, irréductible propriétaire du café "Chez Salah" refuse de vendre son immeuble aux promoteurs chargés de la refonte de la Zone de l'Union, à TOURCOING. Il est le dernier habitant à faire de la résistance. Les clients se font rares car plus aucune route ne dessert son établissement. Même les éboueurs ne passent plus. Une vision de l'enfer ?
 
Une vision du paradis ?
Isolé
 
 
Isolée
 
Isolée ? Ça faisait une paie qu’on n’avait plus de nouvelles. We Are Monster, son second LP, remonte à 2005. Hormis une compilation (Western Store, 2006) et quelques maxis discrets (citons le brûlant Albacares et le tordu October Ninghtingale EP, parus en 2009), pas un seul long format. Mais c’est dans l’ombre que l’Allemand Rajko Müller a régné sur la décennie. Car faire le décompte des œuvres originales, c’est omettre la palanquée de remixes réalisés pour des artistes tels Caribou, Tiga, Franz Ferdinand, Snooze, Sven Vath, Autour De Lucie… On a beau allègrement snober cette manie de la relecture devenue passage obligé, l’essentiel est ailleurs : Isolée se situe à la croisée des chemins, au point de rencontre entre les mélodies d’une pop endormie et la géométrie de l’electro minimale, l’amour de la répétition et la tentation du refrain. À ce niveau de maîtrise, Isolée est seul au sommet. Ou presque : le précité Caribou, mais aussi Pantha Du Prince ou Gui Boratto, pour n’en citer que trois, furent largement influencés par ce coup de patte qui apaise les patterns et fait chialer les algorithmes.

Pour toutes ces raisons, ce troisième voyage au long cours était fébrilement attendu. Pas de surprise – Müller conserve son savoir-faire, sans explorer de nouvelles voies –, mais pas de déception non plus. C’est avec une rigueur et une discipline très germaniques que le reclus aligne ses beats, précis, nets et réguliers. Le confort rythmique nécessaire pour enchevêtrer les boucles, superposer les couches, amener une basse (le démarrage Paloma Triste), ou filtrer une guitare et chantonner un refrain (Tout Près De Toi (Interlude ’97)). Et surtout, jouer sur les fréquences, créant un relief auditif proche de la synesthésie. Dès lors, des morceaux tels que Celeste (trop simpliste à la première écoute, bien retors à la centième), Transmission (entre Kraftwerk et Stereonerds) ou le vrillé Taktell, s’ils ne jettent plus les bases de la décennie qui s’annonce, nous donnent largement de quoi tenir jusqu’à la prochaine.
 
Chronique Magic