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... " Le groupe de Miles c'était comme une université où les profs te permettent de mener tes propres recherches. Avec Art Blakey, les choses étaient plus strictement mises en place, il y avait un élément de spectacle, on savait exactement ce qu'il fallait faire, tandis qu'avec Miles, il n'y avait aucune répétition, chacun faisait des progrès à sa manière, à son rythme. Juste avant sa mort en 1991, Miles m'a appelé pour évoquer cette belle époque et je crois sincèrement qu'il pensait même a reformer le second Great Quintet pour voir comment on se débrouillerait après tant d'années de séparation. Ce que Miles aimait avant tout, c'était les gens qui ne bronchaient pas devant le défi, le chamboulement. Pour ma part, je dois dire que c'est dans son groupe que je me suis le plus amusé...à part ce nouveau groupe avec Danilo, John et Brian. Miles m'a bien appris la valeur de la retenue, de la mesure, il ne jouait pas énormément de notes, mais ça marchait grâce aux personnalités. Herbie et Miles n'essayaient pas d'inonder la musique. deux notes dans le second Great Quintet en valaient des centaines, par la manière dont Miles réagissait a ce qu'il entendait. " ...

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Miles rompt avec l'image du jazzman traditionnel

... " Il vieillissait et il ne voulait plus jouer dans les boites cinq ou six fois par semaine. Il en avait marre de jouer jusqu'à quatre heures du matin. Il voulait toucher un public plus jeune. On a fait des concerts ou il y avait Miles et Richard Pryor ou Bill Cosby, Filip Wilson, Aretha Franklin, Ray Charles, Dinah Washington ou Al Hibbler. Miles faisait le programme lui-même !

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Milt shaw (tourneur) me l'a dit un jour : Miles fait l'affiche. La dernière fois que j'ai joué avec lui dans les années 70, c'était au Village Gate et il y avait Richard Pryor, pour une représentation d'une pièce. Je crois me rappeler que c'était un truc de Jacques Brel et de la pianiste Toshiko Mariano. " ...

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 ... " Miles aimait bien faire des coups comme ça, c'était quelqu'un de complexe. Il avait aussi beaucoup d'humour. La première fois qu'il m'a appelé chez moi en 1962, j'ai entendu quelques accords de guitare au bout du fil, il a commencé à chanter et puis il a dit de sa voix rauque inimitable :

" La guitare...quelle saloperie, hein ? "

Une autre fois, je suis rentré chez moi et il parlait à ma mère au téléphone. Quand elle lui a dit que j'étais rentré, il a raccroché. J'ai donc demandé à ma mère de me raconter de quoi ils parlaient. Elle m'a regardé avant de me dire :

" C'est pas tes oignons ! "

Wayne Shorter