EVASION_10001evasion_20001

Présentation du groupe vocal EVASION pour le mag Francofans N°15

couverture15

Version brut de l'entretien :

Toutes, à une exception prête (Gwénaëlle, d’origine bretonne), vous êtes issues de cultures où l’expression féminine est souvent occultée. Est-ce que vous vous exprimez pour toutes ces femmes silencieuses ?

Oui… oui je crois que l’on parle aussi, au nom  des femmes qui sont dans l’ombre. Mais plus largement de l’être humain, nous ne servons pas exclusivement la cause des femmes. On défend surtout la place de l’humain dans ce monde, et le fait d’essayer de vivre ensemble.

On vous ressent colorées. Pourtant le parti pris de votre dernier spectacle vous plongeant dans l’obscurité de la scène, laisse apparaître des robes neutres, voir sombres.

Est-ce Jean-Louis Hourdin (metteur en scène) qui vous l’a proposé, ou un choix consensuel ? Et quel en est le sens ?

En fait c’est une continuité dans la carrière d’EVASION, car nous avons toujours souhaité chanter neutres sur scène, toujours plutôt sombres. Nous mettons surtout l’accent sur le sens des textes, la musique plus que sur le côté superficiel. Le spectacle est basé sur les personnalités des individus avant d’être sur le coté artificiel du costume qui rend les choses belles ou luxueuses etc.…c’est un parti pris assumé !

La référence est brechtienne ?

Brecht fait partie de notre univers, mais également des auteurs comme Luis Illach. Nous le chantons depuis une dizaine d’années. Nous sommes fidèles à ce genre d’auteurs. Si il fallait situer une mouvance, dans les années 68 nous aurions été appelé « nanars ».

Quel a été l’impact de Hourdin sur la scénographie, voir même la chorégraphie ? Quel a été la nature de votre travail en commun, car il est intervenu dans une formation qui existe depuis longtemps ?

Bien sûr…c’est une personne super sensible, nous sommes dans le même courant, c’est un défenseur des mots. Il aime les gens, la beauté des êtres qui sont sur le plateau. Quelqu’un qui n’a envie de rien, en fait il n’a pas spécialement donné de conduite sur ce spectacle là ou sur le précédent. Il nous a surtout mis en communion entre nous, beaucoup parlée du collectif, que 1 faisait 6, et que l’inverse fonctionnait également. Que nous étions un ensemble, quand une prenait la parole c’est au nom de toutes. Il nous a mis dans cette bulle du collectif, et je crois que c’est cela qui réussit car après la mise en scène est tellement sobre, au final ça coule de source.

C’est la première fois que vous théâtralisiez à ce point, le chant et la musique d’ÉVASION ?

Nous sommes certaines qu’il fallait prendre ce virage, beaucoup de textes parler par exemple. On se retrouve dans un exercice de théâtre, nous avons pris cette tangente d’une représentation musicale on va dire…

De quel(s) groupe(s), artiste(s) vous sentez-vous proche ?

Michèle Bernard, par exemple son spectacle nous touche. Angélique Ionatos est un autre exemple de personnes, tout est basé  sur l’artiste en lui-même. Ce qu’il raconte, grâce au poids des mots, sur la poésie de l’écriture, sur la musicalité. Dans les groupes on apprécie aussi Gérard Morel, il faut dire que nous le connaissons bien, nous faisons partie de la même maison (VOCAL 26). Et puis  Souad Massi , M…Nous sommes touchées par ces artistes car ils sont au plus près d’eux-mêmes, il n’y a finalement pas d’artifices.

Vos cultures et origines différentes vous ont-elles toujours rapprochées ? Ou parfois celles-ci ont-elles été à l’origine de désaccords, divergences a propos de l’actualité ?

Et bien (hésitation) c’est arrivé…, mais en règle générale cela nous a beaucoup rapproché car nous avons un passé commun. En fait nos parents ont été déracinés, ils sont partis de leur pays d’origine pour venir en France. Afin de trouver une terre d’accueil mais aussi un travail. Economiquement cela a sauvé nos familles, là-dessus nous sommes le fruit de cette démarche et il y a le même respect pour le France et donc entre nous. Car nous avons ce sentiment commun,  de ne pas être française/française mais l’on doit quelque chose à ce pays là…Sinon, pour parler de l’actualité sur le conflit israélo-palestinien nous n’avons pas toujours été d’accord mais ça fait partie de la richesse du groupe, puisque on peut en parler.

De toute façon jamais la scène n’a été une tribune, directe ?

Non  (catégorique), puisque EVASION c’est nos différences, nous n’avons pas la prétention de refaire le monde. On trouve cela parfois trop compliqué. Déjà à notre on se respecte et on vit ensemble, c’est un peu notre symbolique, c’est la force du groupe qui se dégage. La scène c’est vraiment le plaisir de chanter et de partager avec le public.

Le livret de votre dernier album est richement illustré. Le texte est agrémenté des photos de tous les musiciens ayant participé au disque. En le parcourant on se rend compte de la multitude d’accompagnateurs. Leur présence est une histoire de rencontres, ou bien de choix artistiques afin d’affirmer votre éclectisme en mariant les différentes interprétations ?

Ce sont des rencontres, purement des rencontres. Par exemple Serge Besset (pianiste) qui connaissait Alain Territo pour les parties de contrebasse et de violoncelle. Issam Jammal c’est une connaissance de longue date, une quinzaine d’année, qui avait envie de nous écrire une chanson, que l’on retrouve dans l’album : « Hana ». Nous fonctionnons beaucoup comme ça, et en plus nous avons le souci de faire participer les artistes du coin, et pas forcément d’aller chercher des pointures pour souligner une participation prestigieuse dans nos disques.

Quel est le lieu, le pays où vous vous êtes produite, ou une chose intense s’est produite ?

Et à partir de ça, vous en êtes revenues différentes ?

Nous avons participé a un festival à El Jem (50km de Sousse dans le sud est) en Tunisie. C’était dans un amphithéâtre, le plus vieux du Maghreb, un des plus beaux, même au monde il vient juste derrière celui de Rome. Un moment magique grâce au peuple, à ces personnes qui n’ont pas grand-chose si ce n’est un cœur énorme, c’était magique. Pour ma part je suis revenue différente.

Et puis également au Maroc à Taroudant, lors de la première édition d’un festival via une action culturelle qui était organisée, on aime bien participer à ce genre de trucs. Là il fallait mettre en émulation tout le monde sur un projet qui mêlait des Tunisiens, Italiens, Marocains et des Français, un travail universel sur la voix intergénérationnelles. Magnifique, ce brassage culturel grâce a la pratique du chant c’était extrêmement intéressant, et pour une première c’était franchement réussie !

Pour en savoir plus sur cette formation :

http://www.evasion-vocal26.com/20ans.pdf