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Prince, au Montreux Jazz, le 17 juillet 2007. (FABRICE COFFRINI /AFP)

 

 

Le 18 juillet, le chanteur de Minneapolis a donné deux concerts au Montreux Jazz Festival. Récit des coulisses d’un événement dont les enjeux s’étendent du prix du cachet à la marque de l’eau dans sa loge.

 

Petite loge pleine de technologie, à dix mètres de la scène de l’Auditorium Stravinski. C’est de là

 

que le patron envoie des mails douze heures par nuit pendant le festival. D’un dossier dont il est

 

très fier, Claude Nobs extrait les 80 courriers échangés avec l’entourage de Prince. Depuis le 6

 

avril, depuis que le chanteur de Minneapolis s’est manifesté pour annexer la dernière nuit du

 

Montreux Jazz, les informations circulent, changent, se précisent pour définir la seule prestation

 

européenne de Prince en 2009. «It’s your lucky day», c’est votre jour de chance, annonce l’un des

 

envois, au moment où la proposition faite depuis Los Angeles est enfin confirmée. Récit des

 

coulisses d’un double concert qui apparaît déjà comme l’événement estival par excellence.

 

 

 

 

 

Prince est déjà venu en 2007 à Montreux, comme un échauffement avant sa vingtaine de concerts colossaux dans cette Arena de Londres où Michael Jackson avait prévu son retour. Le spectacle était déjà le fruit d’une relation longue entre Prince et Nobs. «Je l’ai connu en 1979, quand je travaillais pour Warner. Je l’ai conduit dans une petite tournée européenne, notamment au Palace de Paris. Beaucoup de gens se méfiaient de ce nain habillé comme un clown. Mais il était déjà phénoménal sur scène.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trente ans plus tard, rien n’a changé. Prince est toujours petit, surmonté de talonnettes, et il vous met la chair de poule quand il prend sa guitare. Il était prévu que Prince donne trois concerts la même nuit, puis un seul, puis enfin deux. Aléas d’une organisation millimétrée où les exigences d’un artiste qui contrôle tout prennent le pas sur les questions financières.

 

Même si l’aventure est bien entendu dispendieuse. En additionnant le cachet et les frais pour ces deux concerts, la nuit coûte à Montreux la bagatelle de 1,5 million de francs. Une somme que la billetterie couvre tout juste. «Il ne s’agit pas de gagner de l’argent sur cette soirée. Mais de vivre une des plus passionnantes aventures du Montreux Jazz», s’enthousiasme Mathieu Jaton, le secrétaire général du festival. Il était là déjà en 2007, dans les jours qui précédaient le concert de Prince, avec son agent. A parcourir le trajet exact que la star allait emprunter pour rajouter ici une barrière, là une sécurité. Le plus infime détail est soumis à la bonne volonté des estafettes américaines.

 

Cette année, on ne sait si Prince allongera la nuit, après ses concerts, pour une prestation gratuite au Montreux Jazz Café. Mais dans le monte-charge qui l’y conduirait depuis l’Auditorium Stravinski, on a déjà remplacé la cellule lumineuse par une bande fluorescente pour éviter qu’un geste princier malencontreux arrête l’ascenseur entre deux étages.

 

Les informations circulent au compte-gouttes depuis Los Angeles, les bureaux de l’avocat et des agents. Jamais aucune question artistique n’a encombré la discussion. «J’ai toujours dit oui à tout», affirme Claude Nobs. «Comment mettre en doute les choix d’un artiste aussi doué? Notre contrat, c’est l’affiche estampillée du Montreux Jazz que son graphiste nous a fait parvenir et dont on couvrira les murs de Montreux.» On sait que Prince viendra à Montreux en petite formation, un batteur (John Blackwell), une bassiste (Rhonda Smith), un clavier (Morris Hayes) et un pianiste (Renato Neto). Quinze billets d’avions ont été réservés depuis L.A. sur un vol Swiss. Le chanteur et sa suite avaient volé en avion privé il y a deux ans. Ils devraient arriver le 17 juillet et répéter dans la journée ou la nuit au Petit Palais, qui dispose d’un accès souterrain au Montreux Palace.

 

Les requêtes liées à la sécurité de Prince ne dépassent pas celles d’une autre rockstar de dimension internationale. Il se déplace avec ses gardes du corps. Mais sa loge ne devra ni être repeinte, ni des fenêtres ouvertes sur des murs. Le kid de Minneapolis demande seulement une machine à pop-corn, quelques biscuits et de l’eau de marque américaine qu’on ne trouve qu’à l’American Market de Genève. Sur la liste des recommandations, la température de la loge est tout de même spécifiée au degré près. Et l’accès à Internet doit se faire par câble et non sans fil.

 

Exigences très raisonnables. Le cahier des charges frise l’anecdotique, mais chacun joue gros dans cette affaire où l’humeur de l’artiste peut affecter considérablement sa prestation. En 2007, après avoir joué près de 30 minutes à deux pas de l’aube au Montreux Jazz Café, un Prince euphorique était rentré dans l’ascenseur. D’un geste vers son manager Trevor Horn, sans un mot, il avait exigé de retourner sur scène pour jouer trois morceaux encore. De quoi tourner un grand spectacle en concert historique.

 

Pour ce double concert, dont les 8 000 billets (vendus entre 195 et 480 francs) se sont écoulés en sept minutes, la grande difficulté provient du flux des personnes. Double file du public, salle vidée et nettoyée entre les deux spectacles, gestion des accès pour les personnes munies de badge qui ne doivent pas prendre la place du public payant. Mathieu Jaton ne compte plus ses nuits blanches depuis les premiers contacts avec l’entourage de Prince. Mais la bonne volonté, du côté américain, est manifeste. «C’est un dieu de la communication», s’exclame Jaton.

 

L’affiche, d’un goût personnel, a été envoyée par le graphiste de Prince, ainsi que les illustrations des tee-shirts. Il y a quelques heures, Prince a même téléchargé une chanson exclusive pour la promotion de son concert montreusien, «In a Large Room With No Light» (sur le site du Temps). Après l’avoir interdit en 2007, il accepte aussi que ces concerts lémaniques soient filmés, en vue d’une éventuelle publication.

 

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"Prince" du marketing, le chanteur a inventé une relation à ses fans dont les plus grandes stars voudraient s’inspirer. Les organisateurs du Montreux Jazz Festival, à chaque étape de la négociation, avaient la surprise de voir immédiatement publiées, sur des sites en hommage à Prince (dont www.drfunkenberry.com), les dernières informations diffusées comme des rumeurs. «On a compris assez vite que les fuites étaient organisées.», s’amuse Mathieu Jaton. Une confirmation supplémentaire, au fond, de l’importance que ces concerts revêtent pour le Prince lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

Prince. Le 18 juillet à 19h et 22h. Concerts complets mais pas inaccessibles car il restaient des billets sur eBay et Ricardo ainsi que le jour même au Centre des Congrès de Montreux.

http://www.montreuxjazz.com

 

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